lun.
02
mai
2011
La cohérence intérieur-extérieur
Pour Jolanta Bak, présidente de l’agence Intuition, société de conseil en innovation, le concept clé de la beauté est en effet « la cohérence ». « Il s’agit de rapprocher son apparence de son ressenti intime. Que celui-ci s’inscrive dans la durée ou qu’il s’agisse de celui de l’instant. On note d’ailleurs une très grande sensibilité aux femmes qui vieillissent bien, c’est-à-dire qui incarnent cette cohérence intérieur-extérieur, comme une Meryl Streep, qui n’a l’air ni d’une bimbo ni d’une mamie ! » L’équilibre ne semble pas très difficile à atteindre, en théorie du moins, parce que, en pratique, les femmes doivent faire coïncider leur intériorité et leur apparence non seulement pour se plaire, mais aussi pour plaire aux hommes. « La femme, qui a lutté et lutte encore afin d’être pleinement sujet, continue en même temps à investir temps et énergie pour être objet de désir, souligne Catherine Blanc. On mesure aisément le coût de ce double objectif. D’autant que, dans notre culture, c’est la jeune femme, voire la très jeune femme qui est hypervalorisée ! » Des limites objectives au bien-vivre avec soi qu’observe également Serge Hefez lorsque survient la rupture amoureuse, surtout autour de la quarantaine. « Tous les repères, comme la confiance en soi et l’acceptation de ce que l’on est, volent en éclats. À ce temps d’extrême fragilisation succède généralement une phase d’“hyperrenarcissisation”. Tous les moyens sont alors bons pour se remettre sur le marché de la séduction. » Mais, pour autant, et c’est ce qui est nouveau, il ne s’agit pas de se transformer en une autre ni de coller à un modèle idéalisé, mais d’optimiser son « capital » personnel.
Tirer parti de sa singularité
Une formule a longtemps couru dans les milieux de la publicité et des magazines féminins : « Moi… mais en mieux. » En réalité, aujourd’hui, la formule la plus juste serait : « Au mieux de moi. » Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Pour Jean-Claude Hagège, chirurgien plasticien et esthéticien et auteur de Votre beauté vous appartient ! (Odile Jacob, 2010), « la demande porte essentiellement sur les moyens de tirer au mieux parti de sa singularité – les femmes veulent rester elles-mêmes – et modifier ce qui est vécu comme un vrai obstacle à l’acceptation et au plaisir d’être soi ». Ce n’est pas un hasard si, d’après le chirurgien, on évalue à 130 % l’augmentation des demandes d’interventions « légères », comme les injections (Botox, collagène…), contre 6 % d’interventions chirurgicales lourdes (liftings, liposuccions…). Au final, remarquent tous les experts, le mouvement dominant aujourd’hui, et qui ira crescendo, semble encore une fois marqué au sceau de la dualité. Revendiquer sa singularité – « ce qui est unique en moi » – et prendre soin de soi pour vivre, le plus possible, en paix et dans le plaisir avec son image et son ressenti. C’est là, à la croisée des chemins, pourrait-on dire, que Psychologies propose son approche différente de la beauté. Des soins qui font du bien au corps autant qu’à l’âme, la prise en compte de la dimension inconsciente et émotionnelle dans la relation complexe que nous avons avec notre apparence et, enfin, la conviction que c’est aussi par un travail de conscience et d’ouverture du cœur que la beauté cesse d’être un plaisir narcissique pour devenir réellement un lien à l’autre.
Des images toxiques pour l’estime de soi
Oui, l’exclusivité et le matraquage visuel du même type de femmes, « minces, jeunes et belles », finissent par altérer significativement l’estime de soi. Une « méta-analyse » américaine, c’est-à-dire un travail de chercheurs regroupant des dizaines d’études scientifiques, en a apporté la preuve. Quel impact les représentations médiatiques du corps ont-elles sur les femmes ? En substance, répond Laurent Bègue, chercheur en psychologie sociale, qui a étudié pour Psychologies l’ensemble de ces travaux, « ces images exclusives et omniprésentes contribuent de manière significative à l’insatisfaction des femmes vis-à-vis de leur corps. Moins la relation à leur image est bonne, plus l’impact de ce modèle normé et valorisant l’extrême minceur est négatif. Les chercheurs américains sont allés jusqu’à conclure que, si les parents veulent préserver leurs adolescentes et les aider à développer une bonne image d’elles-mêmes, ils devraient les exposer le moins possible à la télévision ! » F.M.S.
Source : « The rôle of the media in body image concerns among women : a meta-analysis of experimental and correlational studies » de S. Grab, L.M. Ward et J.S. Hyde, in Psychological Bulletin, mai 2008.
Source Psychologie.com;2 Mai 2011.